26/10/2003

La sonnette d’alarme

Quel weekend mes amis ! L’actualité de la semaine était dominée par le droit de vote pour les étrangers hors UE (en flamand : migranten stemrecht).  Déjà lors de mon passage chez le libraire pour acheter le moustique avec le DVD de Bowling for Colombine de Michael Moore, je rage sur la première page du Belang van Limburg.  Le quotidien limbourgeois titre sur un sondage en Flandre qui indique que 80 % des Flamands sont contre l’octroi du droit de vote pour les allochtones. 

 

Un argument qui arrive bien entendu à point nommé pour le sénateur VLD, Hugo Coveliers, qui se déchaîne pour contrer les propositions de loi.  Le même Coveliers va même jusqu’à évoquer la procédure de la sonnette d’alarme pour faire capoter la loi.  En gros, s’il réussit à faire passer une motion soutenue par les ¾ des sénateurs flamands, il peut renvoyer la balle au gouvernement.  Pourquoi ?  Pour que le gouvernement répète que le débat se passe au Parlement.  Mais, on était justement au Parlement, vous allez me dire...  Oui, mais bon s’il peut retarder les choses pour tenter une dernière offensive médiatique, c’est déjà ça de gagné.  Durant le débat ce dimanche sur De Zevende Dag (VRT), il n’a pas hésité à marteler sa position qu’il présente comme majoritaire alors que le débat s’enflamme un peu partout, y compris dans son propre parti.  Si certains «socialistes» sont clairement contre mais n’osent pas le dire en public de peur de perdre les sympathies du Président PS  et donc un futur maroquin minitériel, d’autres libéraux «de gauche» (Gatz et Vankrukelsven) clament haut et fort leur attachement au droit de vote.

 

C’est fou comme le vent peut tourner aussi vite dans la sphère médiatique.  On est passé d’une quasi-unanimité sur la question avec Di Rupo qui veut offrir le geste en cadeau de Noël (ou au Ramadan, c’est selon), Louis Michel qui fait pression pour offrir un ‘gentleman agreement’ pour que ses amis libéraux flamands ne perdent pas la face et que ce soit le Parlement qui tranche... à une position où finalement les défenseurs du droit de vote se sentent minorisés par la pression libérale et fasciste (VB) flamande.  On a l’impression maintenant d’offrir la lune à des résidents presque totalement non politisés.  Incroyable aussi car un petit pays comme le Luxembourg a déjà (depuis février 2003) osé donner ce droit à tous ses résidents.   

 

Le sommet du surréalisme : c’est Gianfranco Fini, le leader ex-néo-fasciste italien du MSI qui faisait la Une en Italie en voulant accorder le droit de vote à tous, provoquant ainsi les sorties de Forza Italia du Cavaliere et surtout d’Umberto Bossi de la Ligue du Nord qui menace - pour la 20e fois - de faire tomber le gouvernement.  D’autres municipalités italiennes (Bologne) entreprennent des démarches locales pour l’octroi du droit de vote... bref le débat avance.   

 

Je récapitule pour ceux qui lisent en diagonale : les fascistes italiens soutiennent le droit de vote pour les étrangers hors UE alors que les libéraux flamands font bloc avec les chrétiens-démocrates et l’extrême droite pour s’opposer à une telle proposition.  Difficile à décoder mais bon... 

 

Et pendant ce temps, les personnalités politiques allochtones regardent... On se demande ce qu’ils attendent pour entrer dans le débat.

 

Bon, je retourne expliquer à mon grand-père pourquoi il n’a pas le droit de vote après 30 ans de résidence  alors que le fonctionnaire finlandais qui débarque aujourd'hui à Bruxelles peut voter.  

 

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Art. 54 de la Constitution belge

Sauf pour les budgets ainsi que pour les lois qui requièrent une majorité spéciale, une motion motivée, signée par les trois quarts au moins des membres d'un des groupes linguistiques et introduite après le dépôt du rapport et avant le vote final en séance publique, peut déclarer que les dispositions d'un projet ou d'une proposition de loi qu'elle désigne sont de nature à porter gravement atteinte aux relations entre les communautés.

Dans ce cas, la procédure parlementaire est suspendue et la motion est déférée au Conseil des ministres qui, dans les trente jours, donne son avis motivé sur la motion et invite la Chambre saisie à se prononcer soit sur cet avis, soit sur le projet ou la proposition éventuellement amendés.

Cette procédure ne peut être appliquée qu'une seule fois par les membres d'un groupe linguistique à l'égard d'un même projet ou d'une même proposition de loi.








17:58 Écrit par mehmet | Lien permanent | Commentaires (9) |  Facebook |

Commentaires

Colayne J'ai traité de ce sujet récemment sur mon blog, on est surement les deux seuls sur le blogvers à en parler...
Le vld et le belang sonnent de toute façon très creux et ont une forte capacité de nuisance, dès fois, plus que le blok...
c'est vraiment malheureux.

Écrit par : Colayne | 26/10/2003

... Et si l'on demandait l'avis des belges par référendum...

Écrit par : DyFuCa | 26/10/2003

Referendum? C'est quoi cette nouvelle rhétorique sur le referendum? Voulez-vous aussi demander l'avis des Belges par referendum sur l'abolition des impôts, le rétablissement de la peine de mort, le droit de vote des femmes, ... ? Je peux vous sortir presque tous les sujets de la Belgique fédérale (monarchie, régions et communautés, les cultes, l'économie, les privatisations...)

Écrit par : Mehmet | 26/10/2003

Referendum Excellente idée, faisont un referendum! Il est temps que l'on puisse faire entendre la voix des belges! Quand même. S'ils il sont pour le droit de vote des étrangers, c'est bien; si non, c'est bien aussi.

Écrit par : Degas | 28/10/2003

Referendum Je voudrais quand même rappeler à mes amis que le referendum n'est pas (encore?) une disposition légale en Belgique. La loi ne prévoit que la consultation populaire et certainement pas au niveau fédéral. La seule consultation populaire qu'ait connu notre pays (et ce en violation de la Constitution mais l'époque l'expliquait) est la question royale (le retour du roi Léopold III en 1950). Cette question a marqué l'histoire de la Belgique (unitaire à l'époque) en polarisant le débat en le Nord catholique conservateur favorable au retour du roi et le Sud libéral socialiste défavorable. Le débat a enflammé la Belgique de papa pour créer une vraie fracture et donner un élan aux mouvements régionalistes et communautaires.
Sur le vote des étrangers, il est intéressant de noter que plusieurs chercheurs ont émis des doutes sur le caractère scientifique du sondage publié dans la presse flamande (échantillon trop petit, question dirigée,...)

Écrit par : Mehmet | 28/10/2003

Pourquoi débattre ? la réponse devrait être simple : tu veux voter ? deviens Belge ! si on veut des 'droits' ou faut aussi accepter les devoirs.

Écrit par : X-factor | 30/10/2003

le débat n'est plus d'actualité La première proposition de loi visant à étendre le droit de vote communal à tous les résidents étrangers date de 1972, elle avait été déposée par le député communiste Marcel Levaux, bourgmestre de Cheratte (annexée à Visé en 1976 sans demander l'avis de ses habitants, belges ou non, vive la démocratie belge !), où à l'époque près de la moitié de la population était étrangère, principalement extracommunautaire (Turcs, Espagnols, Polonais, Marocains), et où une partie de la population belge était elle-même d'origine étrangère, comme le prédécesseur de Levaux au mayorat, le socialiste Urbain Kowalski, petit-fils naturalisé de mineurs polonais.

Depuis 1972, plusieurs pays ou entités fédérées ont fait le pas vers cette avancée démocratique, les derniers en date, en 2002-2003, étant le Land de Vienne en Autriche, le Canton de Vaud en Suisse et le Grand-Duché de Luxembourg. Une vingtaine de pays au moins, plus trois cantons suisses et un Land autrichien, ont déjà résolu ce "problème" et, mis à part quelques groupuscules d'extrême-droite extraparlementaires, aucun parti, même les populistes danois, néerlandais, suédois ou norvégiens, n'envisagent de revenir en arrière.

Alors trêve de discussions sur ce sujet, c'est oui ou c'est non, et c'est le parlement qui décide, point à la ligne: les programmes électoraux pour les dernières législatives étaient très clairs sur ce point, chaque électeur savait donc à quoi s'en tenir, et les partis qui avaient déclaré être pour sont majoritaires, la discussion est donc close. Et les "opposants internes", la cinquième colonne des xénophobes et des islamophobes au sein des partis démocratiques, comme Charles Picqué, hé bien ils n'ont qu'à se soumettre ou se démettre, ils ont été élus sur un programme, pas question de s'abstenir et encore moins de voter contre.

Écrit par : shaitan | 31/10/2003

vote Les Belges ont dit non à 70% (Wallonie comprise!), alors je pense que le gouvernement devrait respecter ce choix.. nous sommes en démocratie.

Cependant, tu as raison de souligner que les Belges savaient à quoi se tenir aux précédantes élections.. Très peu de partis Wallons sont contre (par conviction ou par lâcheté).

Et s'il faut faire un referendum, je suis pour, que la voix des Belges se fasse entendre!

Écrit par : Jean | 03/11/2003

Referendum? Importante pièce au dossier : un sondage réalisé pour « Le Soir » par l'institut « Dedicated Research » révèle qu'une courte majorité de francophones (58 %) comme de Flamands (54 %) est « plutôt favorable » ou « tout à fait favorable » à l'octroi du droit de vote aux non-Européens pour les élections communales.

Ce résultat tombe au moment où d'aucuns prédisaient un raz de marée des « anti ». L'enquête approfondie (échantillon de 1.200 personnes, questionnaire nuancé…) publiée dans nos colonnes témoigne certes d'une réelle coupure dans l'opinion publique. Mais elle ne donne pas pour acquise son hostilité à l'idée. Pas plus qu'elle ne renvoie la Flandre aux gémonies d'un irréductible refus. Au contraire, elle rouvre le débat, et éclaire la responsabilité qui incombe au politique, celle de donner corps à la discussion, puis de trancher.
(suite voir Le Soir du 4 novembre 2003)

Écrit par : Mehmet | 04/11/2003

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