30/10/2003

6 fois 3

C'est une brève dans le Belang van Limburg qui fait echo de l'incroyable histoire parue dans le journal turc Radikal. La jeune turque Fatma Saygi est sur le point de mettre au monde pour la sixième fois des triplés! Ca force le respect (en turc : Saygi) pour cette jeune femme de 28 ans vivant dans la province d'Adiyaman dans le sud ouest de la Turquie. Adiyaman qu'on pourrait d'ailleurs interpréter par "sacré numéro" en français. "On n'en voulait pas tant mais Dieu nous a donné à chaque fois 3", a déclaré Fatma à la presse. Je sais que certains vont s'exciter sur cette déclaration où elle cite Dieu mais avant d'écrire quoique ce soit, sachez que c'est culturellement admis dans cette phrase de faire référence à Dieu. Il faut pour cela entendre la phrase en turc et si vous comprenez la langue, vous savez qu'elle ne dénote aucune référence religieuse, de sorte que même un athée pourrait répéter la même phrase. Voilà, je trouvais l'histoire trop belle (je n'ai pas vu la femme qui doit l'être toute autant) pour le passer sous silence.

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source : Beland van Limburg (30/10)

Turkse vrouw verwacht voor zesde keer drieling
Vijf keer heeft ze al een drieling op de wereld gezet. Nu is de28-jarige Fatma Saygi uit de provincie Adiyaman in het zuidoosten vanTurkije voor de zesde keer zwanger. Een weer is een drieling op komst,meldde de Turkse krant Radikal woensdag. "Zoveel wilden we er niet", zei de vrouw, "maar God heeft er ons telkensweer drie gegeven."

10:35 Écrit par mehmet | Lien permanent | Commentaires (4) |  Facebook |

26/10/2003

La sonnette d’alarme

Quel weekend mes amis ! L’actualité de la semaine était dominée par le droit de vote pour les étrangers hors UE (en flamand : migranten stemrecht).  Déjà lors de mon passage chez le libraire pour acheter le moustique avec le DVD de Bowling for Colombine de Michael Moore, je rage sur la première page du Belang van Limburg.  Le quotidien limbourgeois titre sur un sondage en Flandre qui indique que 80 % des Flamands sont contre l’octroi du droit de vote pour les allochtones. 

 

Un argument qui arrive bien entendu à point nommé pour le sénateur VLD, Hugo Coveliers, qui se déchaîne pour contrer les propositions de loi.  Le même Coveliers va même jusqu’à évoquer la procédure de la sonnette d’alarme pour faire capoter la loi.  En gros, s’il réussit à faire passer une motion soutenue par les ¾ des sénateurs flamands, il peut renvoyer la balle au gouvernement.  Pourquoi ?  Pour que le gouvernement répète que le débat se passe au Parlement.  Mais, on était justement au Parlement, vous allez me dire...  Oui, mais bon s’il peut retarder les choses pour tenter une dernière offensive médiatique, c’est déjà ça de gagné.  Durant le débat ce dimanche sur De Zevende Dag (VRT), il n’a pas hésité à marteler sa position qu’il présente comme majoritaire alors que le débat s’enflamme un peu partout, y compris dans son propre parti.  Si certains «socialistes» sont clairement contre mais n’osent pas le dire en public de peur de perdre les sympathies du Président PS  et donc un futur maroquin minitériel, d’autres libéraux «de gauche» (Gatz et Vankrukelsven) clament haut et fort leur attachement au droit de vote.

 

C’est fou comme le vent peut tourner aussi vite dans la sphère médiatique.  On est passé d’une quasi-unanimité sur la question avec Di Rupo qui veut offrir le geste en cadeau de Noël (ou au Ramadan, c’est selon), Louis Michel qui fait pression pour offrir un ‘gentleman agreement’ pour que ses amis libéraux flamands ne perdent pas la face et que ce soit le Parlement qui tranche... à une position où finalement les défenseurs du droit de vote se sentent minorisés par la pression libérale et fasciste (VB) flamande.  On a l’impression maintenant d’offrir la lune à des résidents presque totalement non politisés.  Incroyable aussi car un petit pays comme le Luxembourg a déjà (depuis février 2003) osé donner ce droit à tous ses résidents.   

 

Le sommet du surréalisme : c’est Gianfranco Fini, le leader ex-néo-fasciste italien du MSI qui faisait la Une en Italie en voulant accorder le droit de vote à tous, provoquant ainsi les sorties de Forza Italia du Cavaliere et surtout d’Umberto Bossi de la Ligue du Nord qui menace - pour la 20e fois - de faire tomber le gouvernement.  D’autres municipalités italiennes (Bologne) entreprennent des démarches locales pour l’octroi du droit de vote... bref le débat avance.   

 

Je récapitule pour ceux qui lisent en diagonale : les fascistes italiens soutiennent le droit de vote pour les étrangers hors UE alors que les libéraux flamands font bloc avec les chrétiens-démocrates et l’extrême droite pour s’opposer à une telle proposition.  Difficile à décoder mais bon... 

 

Et pendant ce temps, les personnalités politiques allochtones regardent... On se demande ce qu’ils attendent pour entrer dans le débat.

 

Bon, je retourne expliquer à mon grand-père pourquoi il n’a pas le droit de vote après 30 ans de résidence  alors que le fonctionnaire finlandais qui débarque aujourd'hui à Bruxelles peut voter.  

 

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Art. 54 de la Constitution belge

Sauf pour les budgets ainsi que pour les lois qui requièrent une majorité spéciale, une motion motivée, signée par les trois quarts au moins des membres d'un des groupes linguistiques et introduite après le dépôt du rapport et avant le vote final en séance publique, peut déclarer que les dispositions d'un projet ou d'une proposition de loi qu'elle désigne sont de nature à porter gravement atteinte aux relations entre les communautés.

Dans ce cas, la procédure parlementaire est suspendue et la motion est déférée au Conseil des ministres qui, dans les trente jours, donne son avis motivé sur la motion et invite la Chambre saisie à se prononcer soit sur cet avis, soit sur le projet ou la proposition éventuellement amendés.

Cette procédure ne peut être appliquée qu'une seule fois par les membres d'un groupe linguistique à l'égard d'un même projet ou d'une même proposition de loi.








17:58 Écrit par mehmet | Lien permanent | Commentaires (9) |  Facebook |

Andalouse harissa avec des oignons cuits

"Allô? Oui oglum (mon fils, en turc)... Frites simples, salade, tomates... Sogan bismis? (oignons cuits, en turc) Ok, 10 minutes”, sitôt le cornet raccroché, les couteaux s’agitent, les miettes de pain s’éparpillent et l’huile brûlante rejoint la symphonie dans ce concert de frietkot (baraque à frite, en "bruxellois bilingue") dans le plus petit snack de la plus petite commune de Belgique, Saint-Josse-ten-Noode.

Derrière un petit présentoir de viandes à frire et son minuscule local de deux mètres sur deux, “Bilo” - le Belge d’origine vietnamienne - fait sauter les pommes de terre devant sa clientèle multiethnique. Son Snack sur le pouce - qui depuis 1982 officie sous la houlette de ce travailleur acharné et hautement cultivé jouit d’une renommée incomparable au sein de deux grandes communautés (marocaines et turques) de Bruxelles pour ses sandwiches aux oignons cuits et à la sauce piquante. Plusieurs fois copié mais jamais égalé, le savoir-faire du cuisinier vietnamien n’a pas pris une seule ride (tout comme lui-même d’ailleurs) à travers les années avec une clientèle sans cesse grandissante. “En 1981, un an avant que je reprenne le snack, la population du quartier était très différente mais la commune a toujours connu les mélanges. Je me souviens des Italiens, des Espagnols, des Turcs déjà... Il y avait le magasin Fromage belge et le café turc en face s’appelait à l’époque Le Canari”, raconte avec passion mais sans nostalgie le tenancier.

Un surnom turc
Comment un vietnamien originaire de la province de Ha Nam, étudiant en mathématique à l’université puis officier dans l’armée du sud Vietnam engagé dans la guerre contre les communistes, se retrouve finalement à vendre des frites et des hamburgers en Belgique? C’est toute la magie des phénomènes migratoires. De plus, il porte un surnom turc “Bilo” en référence au nom de scène d’un célèbre acteur comique des années ‘80 (Ilyas Salman) et personne ne semble se soucier de son vrai nom! “Mon vrai nom est Tam Phan et le surnom m’a été donné en 1982 par mon voisin turc Kaya. Je me souviens très bien, c’était l’époque des premiers caméscopes dans le quartier et Kaya débarquait souvent en pouffant de rire car il venait de voir un des films avec ce Bilo. Du coup, le surnom est resté en tous cas pour les Turcs!”.

Né en 1947, Tam Phan quitte le Vietnam du nord à l’âge de 7 ans pour suivre son père officier dans la marine. Il interrompt ensuite ses études à l’université suite à l’appel à mobilisation des forces du sud vietnam contre les communistes du nord. Il prendra même part à des combats aux côtés de soldats Néo-zélandais durant l’année 1968-1969. Dès 1975, il décide finalement de quitter son pays. “Je me préparais à aller aux Etats-Unis car on avait plus de facilités du fait de l’engagement dans la guerre mais mon frère qui travaillait déjà à l’époque comme chef de l’informatique à l’Université Catholique de Louvain m’a convaincu de venir en Belgique”. Tam débarque donc en Belgique avec sa petite fille de 10 mois et commence à apprendre le français. Après quelques petits jobs au début, il décide finalement de reprendre ce commerce de sandwiches chauds à un Belge de Waterloo. Il se concentrera ensuite à l’éducation de sa fille, aujourd’hui juriste pour la firme Monsanto, et le bien-être de sa famille. Une ancienne commerçante turque du quartier qui se souvient du personnage raconte: “Je n’avais jamais vu quelqu’un d’aussi honnête et méticuleux. Il venait par exemple prendre un sac d’oignons en vitesse et je le voyais courir pour revenir payer. Toujours très poli et très calme. C’est un homme qui a bien réussi. Avec son petit commerce, il arrivait à nourir une grande famille...”.

Malgré qu’il ait rapidement opté pour la naturalisation (Belge depuis près de 20 ans), Tam n’a jamais envisagé de faire de la politique. “Je suis trop franc pour faire de la politique. De plus j’estime ne pas être assez formé pour en faire. Les Turcs ou les Marocains en font car la masse le demande et je trouve cela très bien qu’ils s’engagent même si parfois je trouve le niveau intellectuel assez bas en général.” Le franc-parler de l’homme ne subit aucune ombre dans son analyse. “ Oui, j’ai combattu les communistes dans mon pays d’origine mais je suis un homme de gauche en réalité. Les communistes n’acceptent pas que les autres pensent différemment alors que les gens de gauche tolèrent sans nécessairement adhérer aux différents points de vue. Je n’aime pas la dictature qu’elle soit de gauche ou de droite ”, précise Tam Phan.

Un client amusé par l’entretien demande un hamburger “full-option” (toutes les crudités incluses) qui du coup ramène le cuisinier à son commerce. D’une main, il remplit le ravier de frites, de l’autre il met le sel tout en calculant l’addition d’un autre client. Il compte à voix haute mais en marmonant quelque chose d’à peine perceptible puis rapidement emballe la nourriture et... suivant! Un autre habitué des lieux l’interpelle sur l’état de ses finances: “Alors Bilo, et les affaires?”. Une question rituelle en réalité que le Vietnamien gère avec réserve: “Faillite, faillite”. La même réponse depuis plus de 10 ans: toujours deux fois le même mot qui déclenchent le sourire des habitués contemplant le défilé des billets. Bilo marquera sans doute l’histoire et la mémoire de l’immigration turco-marocaine par ses sandwiches oignons cuits et à la sauce piquante. Celui aussi que tant de nouveaux commerçants tentent d’imiter, mais quelqu’un pourra-t-il encore faire le lien avec Tam Phan?

(mk : pour les curieux, l'adresse du snack : rue de la Limite -1210 St Josse-ten-Noode)



00:51 Écrit par mehmet | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

24/10/2003

Wallon et noir : même combat?

Comme, je suis des cours de néerlandais en ce moment, un contact vient de me préciser la traduction de l'expression "petit nègre" (= charabia, langage incompréhensible,...). En flamand cela donne donc "koeterwaals"! Du wallon "koeter", je me demande d'où ca peut venir...




21:34 Écrit par mehmet | Lien permanent | Commentaires (4) |  Facebook |

Blegny en fanfare et ses minorités

Question de minorité, l’entité de Blegny compte en réalité près de 500 habitants d’origine italienne, 200 d’origine turque, une dizaine de personnes d’origine russe et 3 familles d’origine arabe, mais seuls les Belges d’origine turque, les Turcs et la petite communauté russophone se sont activés pour manifester leur présence lors de cette 3e édition de “Blegny Enfanfare, un festival familial de chansons et de musiques”.

L’espace d’un weekend de fin septembre, la localité entière danse et chante aux rythmes des diverses activités musicales: une troupe professionnelle de petits percussionnistes de grande qualité (Les Toon’s Percussions) capte l’attention du public sur un air de tam-tam guinéen et ce malgré la forte pluie. Sous l’autre chapiteau, Ibrahim Kaya, le secrétaire du Comité turc islamique de la culture de Blegny, et ses collègues se dépêchent pour la dernière activité de danse turque des “Enfants d’Anatolie”, un petit groupe originaire de Cheratte. Le stand turc relégué cette année dans un coin à côté de la scène et que certains Turcs considèrent déjà de place de punition, expose le savoir-faire des femmes turques anatoliennes dans la préparation de pâtes feuilletées fourrées. Une dizaine de femmes bénévoles travaillent la pâte fermement sous le décor coloré des foulards, de la dentelle et... des brochures de présentation touristique. “Nous voulons surtout montrer le grand effort culturel et alimentaire transmis par les femmes anatoliennes de génération en génération”, explique Ibrahim de manière passionnée.

La polémique
Sauf que le message n’est pas perçu de la même manière par d’autres acteurs de terrain. “Les femmes bossent et les hommes paradent”, précise l’un des éducateurs qui regrettent le manque de participation des femmes turques de Blegny. “Je vous donne un simple exemple: l’ambassadeur de Turquie est venu en visite et il n’a rencontré de fait que les hommes. A part Leyla qui travaille comme éducatrice, les femmes sont restées à la maison comme si elles ne sont pas concernées. Notre centre de jeunes reste également déserté par les filles turques. On a l’impression que la sphère publique est occupée par les hommes et que les femmes font partie de la sphère privée”, enchaîne un autre intervenant. “Pas du tout, les hommes s’occupent de préparer le thé et l’ayran et l’année prochaine nous pensons déjà à inclure plus activement aussi la participation masculine à la fête”, répond le responsable du Comité.

Une mini-discussion se déroule sur la manière de communiquer le nom du comité. “ Le fait même d’écrire le mot islam provoque chez certains une crispation. Suite au contexte international, on ressent fortement un malaise au sein d’une partie de la population autochtone. Il serait préférable de dire Comité turc de la Culture” s’inquiète Ibrahim Aktas, membre du comité. Son collègue secrétaire embraye sur le sujet: “Suite au 11 septembre, le journal local Blegny-Initiatives a publié un article complètement décalé sur l’islam et les Musulmans. Le responsable d’Amnesty International nous a contacté pour signaler le document en nous conseillant de répondre. On l’a fait mais oralement uniquement. On a vraiment trouvé cet article insultant car si on parle d’islam à Blegny, il est clair qu’on se sent concerné. Depuis des années, on milite contre tous les fanatismes et les intégrismes. L’extrêmisme? Ce n’est pas notre truc. On préfère réfléchir à travers un dialogue permanent et excellent avec les autorités locales”.

Bim-Bam-Bidons
“Boum, boum, boum,...” casquettes pliées, training et baskets, les jeunes du 13/17 Cascades (maison de jeunes) imitent l’art musical des steelbands trinidadiens en jouant sur des bidons métalliques et recueillent un large succès. “C’est Nordin, un jeune Turc qui est venu un jour faire une présentation et nous avons accroché. Puis, on a eu l’idée de fonder un groupe de musique qui s’appelle les Bim-Bam-Bidons pour présenter ce concept”, précise l’un des artistes un rien essouflé. La jeune Leyla et son collègue Christophe expliquent le grand progrès acquis des jeunes dans la gestion des activités. Sorties, danse orientale, break danse, cours de cuisine,... les activités proposées ne manquent pas.

Deux enjambées en suivant l’odeur du barbecue et on arrive au stand russe qui prépare ses shashlikis (brochettes) sous le décor d’une énorme matrioshka. Des gâteaux aux couleurs psychédéliques, des zakuskis, un accent fort en français... c’est bon, on est bien avec des Russes. “En fournissant des cours d’initiation au français, des cours de cuisine et autres activités, on tente de les impliquer dans la vie locale. On fait aussi circuler des pétitions de soutien pour régularisation”, explique Chantal Rion, travailleur social. On interroge Tania, comptable russe originaire de Tashkent (Ouzbekistan): “La situation à Tashkent était devenue invivable, un vrai cauchemar. Les Musulmans ne nous laissaient pas tranquilles parce que nous sommes orthodoxes. Le comble, cela fait 4 ans que je vis ici et nous nous entendons à merveille avec les Turcs qui sont aussi des Musulmans. Ils nous aident en nous conseillant et nous échangeons aussi nos idées sur la cuisine nationale”.

Entre deux activités, on a l’occasion de rencontrer le fameux bourgmestre, Marc Bolland. Très accessible, l’homme fort de la commune distribue, en bon socialiste liégeois, les tickets de boisson comme des bons points. Mais, notons que l’homme annonce qu’il ne figurera ni sur les listes régionales, ni sur les listes européennes pour 2004, bizarre comme démarche. “De l’ambition? Oui, j’ai 6 enfants et j’ai surtout l’ambition de m’occuper un peu d’eux”, répond Marc Bolland très à l’aise. On sent qu’il est dans son élément à Blegny. Concernant l’intégration des allochtones dans sa commune, il considère que sur l’aspect social, l’intégration est excellente. On discute d’une population turque majoritairement ouvrière dont la migration s’explique par le charbonnage historique du lieu.

Marc Bolland: On compte 2 sortes de familles turques ici. Les gens qui s’investissent dans la mosquée et ceux qui sont hors communauté musulmane. Pour tout le monde, il est difficile de traduire le contexte internationale sur le plan local. Moi, je tente d’expliquer que la commune et la religion doivent rester des affaires séparées.
MK: D’accord mais en parlant de cultes, on parle aussi d’argent, non? M.Bolland: En effet, et on subventionne à hauteur de 2.500 euros les Musulmans.
MK: Et les autres cultes, ca donne quoi?
M.Bolland: 2.500 euros pour les Laïcs, 0 pour les Protestants mais on leur fournit un local (ce que demandent les Turcs aussi) et les Catholiques reçoivent environ 40.000 euros en plus des travaux.
MK: Et les personnes de confession juive?
M.Bolland: 0 euros. On compte peut-être 2 ou 3 personnes d’origine juive.
MK: Tiens, pourquoi cette différencedans la subvention ?
M.Bolland: D’abord pour des raisons historiques et ensuite par le poids de chaque communauté dans l’entité de Blegny. De plus, c’est une obligation légale de financement que personnellement j’aimerais bien voir abroger. Pour moi, il faudrait clairement séparer les affaires religieuses de la gestion communale.
MK: Vous dites cela en sachant bien qu’on n’abrogera jamais une telle loi...
M.Bolland: Non, vraiment. Maintenant qu’il n’y a pas de partis confessionnels au niveau fédéral, c’est possible. Je pense qu’il y a quelques projets en ce sens d’ailleurs.
MK: Quels sont les problèmes que vous rencontrez avec les Turcs de votre commune?
M.Bolland: Je vois en gros 2 obstacles. Tout d’abord l’excès de lien avec la religion et ensuite, sous prétexte de religion, le statut de la femme marginalisé. Je n’ai pas lu le Coran mais je ne pense pas que la femme y occupe un rôle inférieur à l’homme.
MK: Vous n’avez pas lu le Coran? En voilà une idée de cadeau: un Coran en version française pour le bourgmestre...
M.Bolland: (rire) Pourquoi pas? Par ailleurs, je constate aussi que lorsque le mari vient directement de Turquie, il subsiste un problème pour la femme.
MK: Et l’intégration au niveau politique, on ne voit pas grand chose. Le Conseil communal ne compte aucun conseiller d’origine turque malgré la forte représentation de cette communauté ici.
M.Bolland: Je vous rappelle que notre liste comptait une candidate, Kezban, qui a manqué de très peu sa place de conseillère communale. Mais la demande ne venait pas spontanément d’elle. En fait, on a manifesté notre volonté en expliquant que notre liste était ouverte à un représentant d’origine turque et la communauté a choisi Kezban, en caricaturant c’est ce qui s’est passé.
MK: Avez-vous des problèmes avec le port du foulard ici?
M.Bolland: Non. Mais quand je vois à la RTBF les filles voilées qui manifestent pour leur droit et derrière elles 10 barbus qui les exploitent, ça m’ennuie. On a eu hier la visite du conseiller de l’ambassade de Turquie avec sa femme et j’étais content de voir le couple. Un homme moderne et bien éduqué, pas le genre qui débarque du fin fond de l’Anatolie...
MK: Parce que le fin fond de l’Anatolie, c’est négatif n’est-ce pas?
M.Bolland: Non... c’est négatif concernant le statut de la femme.
MK: Vous n’avez pas peur d’être dans l’autre extrême, celui des laïcards purs et durs?
M.Bolland: C’est vrai qu’il faut faire attention à cela. C’est pourquoi, je suis pour l’abrogation de cette loi qui oblige la dotation. Mais je tiens à souligner l’excellent climat de vie entre les différentes communautés à Blegny.


article paru sur la liste de Suffrage-Universel le 29 septembre 2003
(http://fr.groups.yahoo.com/group/suffrage-universel)



20:26 Écrit par mehmet | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

Ali Caglar, élu de Genk, ancien de Ford

Ali Caglar est actuellement conseiller communal à Genk dans la province du Limbourg et enseignant dans une école secondaire. En 2000, candidat en 28e place aux communales sur la liste du bourgmestre CVP Jef Gabriëls, il fut élu avec 1.653 voix, le 11ème score préférentiel. En 2003, à la demande de son parti (CD&V pour Christen-Democratisch en Vlaams), il figurait sur les listes pour le Sénat en 10e position. Malgré son résultat impressionnant de 21.607 voix, il ne fut pas élu.

MK: Ford Genk a décidé de licencier une grande partie de son personnel. Vous siégez comme conseiller communal à Genk, pouvez-vous un peu expliquer le climat à Genk aujourd’hui?
Ali Caglar: C’est une grave crise sociale pour Genk. L’industrie automobile est entrée dans une grave crise économique conjoncturelle avec des coûts de fabrication qui ne font qu’augmenter. De plus, la consommation des ménages est en constante baisse, ce qui provoque des crises économiques comme nous connaissons…

MK: Avez-vous été surpris par la décision de Fordde vouloir licencier 3.000 travailleurs ?
A.Caglar: Oui et non… J’ai travaillé pendant 8 ans chez Ford Genk (1992-2000) et depuis 1999, on sentait déjà le vent tourner. Ford avait déjà annoncé sa volonté de réduire la force de travail dans la société. Aux dernières nouvelles, ils vont licencier dans 3 usines américaines, à Cologne (1.700 licenciements) et à Genk (3.000).

MK: Cela concerne-t-il des immigrés?
A.Caglar: La plupart des personnes d’origine étrangère est devenue belge. Mais, pour être plus clair, le personnel de Ford Genk est à plus de 50% d’origine étrangère (italienne et turque). Après la fermeture des mines qui avait gravement atteint la région, Les Limbourgeois subissent de plein fouet une deuxième crise sociale avec la décision de Ford. Cette perte représente environ 30% de chômeurs en plus pour le Limbourg. La société automobile avait à l’époque comblé un énorme vide en créant des milliers d’emplois. Ford représentait la plus grande opportunité de travail pour nos jeunes. Maintenant, ils sont complètement désemparés.

MK: Avez-vous déjà entamé des actions en tant que conseiller communal?
A.Caglar: Après la prière du vendredi, nous avons fait une réunion de discussion à titre informatif, mais sinon nous sommes tous dans l’expectative. On attend les décisions qui viennent de plus haut. Cette coalition gouvernementale n’arrive pas à gérer correctement ce genre de situation. Regardez l’affaire de la Sabena, Philips, Renault Vilvoorde..

MK: Avec Renault Vilvoorde, c’est votre parti le CD&V (ex-CVP) qui était aux commandes. On peut dire que le dernier gouvernement Dehaene était dans le même cas avec aussi une impuissance grave…
A.Caglar: Oui mais c’est ce gouvernement qui mis comme point le plus important dans son programme, la réduction des charges patronales et la réforme fiscale. Ils en ont fait un point d’orgue mais finalement après les effets d’annonce, ils reviennent toujours en arrière. J’ai entendu déjà que le gouvernement devait revoir ses promesses à hauteur de 50%, ce n’est vraiment pas sérieux…

Propos recueillis par Mehmet (http://users.skynet.be/sutv)

Voir aussi: http://users.skynet.be/suffrage-universel/be/beel03senl.htm
http://users.skynet.be/suffrage-universel/be/caglar.htm
http://belgium.indymedia.org/news/2003/10/74548.php


20:06 Écrit par mehmet | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |