12/11/2003

l’élite au sein de l’immigration marocaine

Je reproduis ici (avec l'accord de l'auteur) un texte de l'intellectuel marocain Mohammed Belmaïzi (Bruxelles) qui lance un appel à création d'un Observatoire de bonne conduite.  Souvent très critique sur le rôle des élites d'origine marocaine, Belmaïzi n'hésite jamais à prendre sa plume pour réagir et faire réagir les acteurs sur le sujet. Comme d'hab, vous pouvez également commenter...

====

Pour un code de bonne conduite

A l’attention de l’élite au sein de l’immigration marocaine ( ?!)

Préambule

La communauté marocaine de Belgique est déjà à sa quatrième génération. Bientôt un demi siècle d’existence, cette immigration ne cesse de façonner le paysage de notre société sur les plans économique et culturel. En dépit de résidus épars d’hostilité, de racisme, de xénophobie et de marginalisation poussant à la dérive une partie de jeunes et condamnant à l’enfermement identitaire, l’apport vivant et précieux de cette communauté, reste inscrit de plain pied dans les chapitres de l’Histoire de la Belgique. Tôt ou tard – soyons optimistes – une complète et équitable intégration dans une mosaïque interculturelle, verra le jour.

Mais déjà nombre de cadres, issus de l’immigration marocaine, s’occupent dans divers secteurs. On les trouve financiers, avocats, médecins, pharmaciens, informaticiens, administrateurs au sein d’associations d’utilité publique, conseillers communaux ou de cabinets ministériels, journalistes de presse écrite et à l’écran télévisé, artistes, écrivains… et très récemment députés au parlement bruxellois et fédéral. Autant dire que la dynamique vers une authentique citoyenneté est tant bien que mal, en bonne voie. Ce qu’on appelle la « représentativité ethnique » est déjà bien là. Elle ne peut être que citoyenne.

La capacité d’intégration est bien une réalité au sein de ce qu’on a qualifié de « sociétés d’accueil ». Nul doute que les efforts d’ouverture de l’Etat de Droit à ses minorités, valent le détour, même si quelques aspects de l’intégration politique de notre communauté, restent problématiques et non examinés comme il se doit. Beaucoup de choses ont été dites à ce sujet. Et l’on sait que les joyeuses béances des partis politiques à la communauté marocaine ne vont pas sans arrière pensée de puiser dans le réservoir électoral de cette dernière. Ce qui n’est pas un mal en soi, mais nous manquons d’analyse systématique de ce phénomène, pour séparer le bon grain de l’ivraie, apprécier ce qui relève de la sincérité et de la manipulation, de la compétence de la personne cooptée, de son total asservissement, de ses mesquins calculs personnels... ? etc.

 

L’intrigue

Si la visibilité de cette communauté est un acquis sans précédent, non seulement elle expose la nouvelle élite au regard prompt à la vindicte ou à l’interrogation – (on l’a vécu derrière le cas de Anissa Temsamani, celui de la démission renversante d’Ecolo de Fatiha Saïdi, et à travers d’autres cas) – mais elle la met également en garde contre tout écart, dérapage ou abus de pouvoir venant de sa part pour nuire à la société civile, notamment à la communauté immigrée. Nul droit à l’erreur, à la glissade inconsciente ou sensationnelle.

Car en effet, ce qui n’a pas été dit et analysé, est ce nouveau phénomène vu – intuitivement et subjectivement ici, à travers des observations personnelles mais preuves à l’appui – de l’intérieur de la communauté marocaine. Il s’agit de cette élite politique, récemment surgie avec tout un cortège de pratiques, le moins que l’on puisse dire, un peu dévoyées. C’est un truisme que de voir des personnes, durant leur campagne électorale, pérenniser la tradition féodale, encore maintenue dans leur pays d’origine, de soudoyer, d’une manière un peu plus moderne, la population, pour leurs fins personnelles. Indécemment, certaines personnes font croire à la communauté, sans sourciller, qu’ils iront défendre résolument ses intérêts les plus pressants. Mais une fois élues, leur discours vire du communautaire à la dimension citoyenne. Désormais, elles sont députées pour tous les belges et non pour une population déterminée, ce qui est bien entendu à leur honneur… sauf qu’à la base, mensonge il y a, et fibre tribale ou communautaire habilement vibrée !

Le cynisme qui se pointe ensuite est celui des cautions, comme un chèque en blanc, pour inciter la communauté à voter pour l’une ou l’autre des personnes. Le pire est que ces cautionnements viennent de gens issus eux-mêmes de l’immigration et qui ont pignon sur rue dans le domaine de la recherche universitaire. Et dans ce cas la caution de « l’intellectuel » fait illico figure d’appui quasi scientifique, alors qu’il ne s’agit que d’une démarche politicienne et d’un vulgaire « donnant/donnant ». Une sorte d’alliance tribale contre nature qui ne va pas sans corrompre les attitudes et les bonnes relations, en ruinant ainsi notre attachement à la démocratie et à la citoyenneté au sein du tissu associatif et militant…

Le cynisme et l’opportunisme résident également dans l’interpénétration douteuse que certaines personnes élues opèrent entre le politique et l’associatif. Elles ont cru devoir se « visibiliser » à l’instar de cet arbre qui cache la forêt. L’intention de semer la zizanie au sein d’associations, dont elles font quelquefois partie, pour les mener à leur perte, à leur disparition, ne fait plus aucun doute. Mais il n’est pas question de détailler ici les procédés honteux qu’elles utilisent. En effet, leur volonté d’occuper le terrain à l’image d’Epinal est immensément préjudiciable (preuves à l’appui ; cf. documents ; débat dans divers PV de certaines associations et même ouvertement sur l’Internet…)

Le cynisme peut s’avérer dans diverses formes de leurs interventions qui seraient, ici encore, longues à détailler. Il est, cependant, à retenir que les appétits dévoreuses s’emparent de certains cadres politiques avec les conséquences fâcheuses qu’on connaît, ternissant la réputation des uns et des autres potentiels concurrents. On a bien vu les péripéties que traverse l’Espace Mémorial de l’Immigration Marocaine, et on mesure l’intensité de la bataille pour la visibilité et l’ascension politique et sociale, étroitement mêlées, à la fois, à l’appropriation de tout un projet collectif, et à la marginalisation, au clientélisme, à l’allégeance (cf. débat au forum sur le site Wafin et au site de l’Emim qui n’est plus accessible, jusqu’au nouvel ordre !!).

 

Conclusion

Même dans une vie débordante, il nous faut savoir détecter les signes de la sénescence. C’est pourquoi, devant ces folles ambitions dévoreuses et préjudiciables – que ni le Centre d’égalité des chances, ni la Justice, ni diverses institutions ne sont en mesure d’en saisir la profonde et inquiétante portée –, la communauté immigrée et le tissu associatif devrait se prémunir d’un outil de protection efficace. Nous sommes en devoir de fonder un « Observatoire », sous forme d’asbl, pour instaurer un regard qui désigne les failles destructrices de l’ambition qui caracole sans solide harnachement aux plus hautes instances de partis ou même de l’Etat, administrant de violentes ruades à tout ce qui se trouve sur son passage… Nous devons nous protéger contre cette fantasia qui fera de nous des bannis, au sein même d’un Etat de Droit.

Cet « Observatoire » aura pour ambition d’instaurer un regard éthique émanant de l’intérieur de notre communauté. Aucune complaisance. Telle doit être sa devise.

Cet « Observatoire » aura à traiter de comportements inéquitables, d’abus de pouvoir venant de ces cadres politiques en question, ou venant de tout autre individu intéressé par les petites conquêtes du pouvoir en portant préjudice à autrui. Il aura pour fonction d’endiguer les débordements et d’éventuellement faire médiation, interpeller, critiquer, dénoncer, réconcilier et proposer. 

Il s’agit d’imposer une charte morale, un Code de bonne conduite, pour que chacun ait la part qui lui revient dans son humble participation au débat sociétal, et pour que nous puissions tous ensemble, mériter la prise de la parole…

 

Mohammed Belmaïzi



13:06 Écrit par mehmet | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

Les commentaires sont fermés.