31/12/2004

Et votre bonne résolution pour 2005 ?

Pour 2005, la bonne résolution …

du Conseil de sécurité de l’ONU : reconnaître la Palestine
des Etats-Unis : reconnaître la Cour pénale internationale
du FMI et de la Banque mondiale : éponger la dette des pays en voie de développement
de l’Union européenne : garantir sa transparence
de la France : respecter la diversité des opinions
de la Belgique : réduire le nombre de ministres
des Flamands : sympathiser avec un allochtone et/ou un francophone
des Bruxellois : trouver un bon job
des Wallons : essayer de lire la presse flamande
des communautés ethniques ou religieuses : organiser une bouffe géante
des supermarchés : instaurer la journée « 24h gratuit !»
des transports en commun : former le personnel à l’humour
des automobilistes : repasser le permis de conduire
des publicitaires : tester les produits qu’ils vantent
des dirigeants : suivre un cours sur le management
des employés : effacer le jeu Solitaire de l’ordi
des instituteurs : accorder une journée d’évaluation aux élèves
des chercheurs : publier la liste des sponsors avant le rapport
des journaux : publier un numéro entier « Droit de réponse »
des internautes : bannir le spam
de mes visiteurs : poster un commentaire

05:33 Écrit par mehmet | Lien permanent | Commentaires (5) |  Facebook |

29/12/2004

Où va la droite flamande ?

Déchirure et combat sans fin au sein du parti libéral flamand (VLD – Vlaamse Liberalen en Democraten) où c’est maintenant l’aile gauche de la droite flamande qui s’attaque au cordon sanitaire (accord entre partis démocratiques qui exclut toute formation d’une coalition avec un parti d’extrême droite) pour suggérer des coalitions communales avec le Vlaams Belang (ex-Vlaams Blok).

Le sénateur VLD Patrik Vankrunkelsven (ex-VU, ex-ID21, ex-Spirit) fait partie avec Sven Gatz de la tendance gauche libérale (links liberalen) au sein du parti de droite. Dernièrement, dans De Morgen et De Standaard, le sénateur explique donc qu’il veut faire exploser le cordon sanitaire « pour des raisons pragmatiques » sinon « on peut s’attendre à ce que ce parti (Vlaams Belang) ait la majorité absolue ». Il rejoint ainsi l’aile ultra à droite du VLD représentée par le judoka Jean-Marie Dedecker et l’ex-échevin anversois Hugo Coveliers.

Pourtant, on pensait que les déclarations du Premier ministre Guy Verhofstadt et du ministre des Affaires étrangères Karel De Gucht (tous les deux membres du VLD) confirmant que le Vlaams Belang était dirigé par un fasciste aurait réussi à dresser une ligne politique claire du parti. Mais visiblement le débat interne continue de bouillir en prévision des échéances communales de 2006. D’autant plus que des voix princières sont venus ajouter de l’huile sur le feu tout en excitant les antiroyalistes au sein du parti sur l’opportunité d’une telle initiative de la part d’un prince héritier. On peut sérieusement se poser des questions sur la santé de la droite flamande en analysant le tableau.

D’après les dernières enquêtes d’opinions, le parti d’extrême droite arrive largement en tête des préférences de vote, devant les chrétiens-démocrates du CD&V (en cartel avec les nationalistes du N-VA) et les socialistes du SP.A (en cartel avec les nationalistes de gauche de Spirit). Les libéraux n’arrivent qu’en quatrième position dans les sondages. Ils voudraient rebondir mais le VLD est au pouvoir aux niveaux fédéral et régional et ne peut donc jouer la politique de l’alternance d’un parti d’opposition. L’élection de Bart Somers (ex-VU) à la tête du parti n’a pas encore produit son effet rassembleur (sauf concernant le cas Coveliers) et la pression est trop forte aujourd’hui pour maintenir le cordon anti-belang sous peine de susciter des scissions interminables. Avec une gauche qui dépasse sa droite, une aile droite qui anticipe la fin de la Belgique, une extrême droite qui piétine son électorat, la droite flamande classique ne sait plus à quel maître se vouer.

Faut-il suivre les libéraux de gauche pour capter l’électorat centriste ou faire confiance aux faucons de droite pour regagner l’électorat poujadiste ? Le vrai dilemme reste encore intacte : comment réagir face à un parti d’extrême droite aux portes du pouvoir après avoir tout essayer comme stratégie ?

02:36 Écrit par mehmet | Lien permanent | Commentaires (18) |  Facebook |

24/12/2004

Kung-fu football

C'est complètement par hasard que je suis tombé sur ce film tout simplement génial sur la chaîne ASNTV (asian TV). J'ai rarement vu une si bonne autodérision melant l'art martial du kung-fu, le football et l'identité chinoise. L'histoire concerne un jeune maître de kung-fu, disciple de la célèbre école orthodoxe de Shaolin (fin 90, un jeune allemand du nom de David avait fait la Une de la presse allemande pour avoir suivi une formation chez ces moines bagarreurs), cherche des moyens de populariser son art. Il tente le rock version shaolin, essaye la drague shaolin pour une juliette boulangère pour finalement devenir meneur de jeu dans une équipe pas très catholique. Des matches amicaux qui se transforment en champ de guerre, un fighting spirit qui aboutit au martyre kamikaze, une relation amoureuse très pin-up, le fim est un vrai bijou rempli d'humour, de solidarité et de dévouement. Bravo!

18:45 Écrit par mehmet | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

20/12/2004

Blanc et raciste : le cocktail en vogue

Extrait de l'édito de Koen Vidal dans De Morgen :
(...) Trois CV ont été envoyés à treize entreprises, l’un d’un homme marocain, l’autre d’un homme autochtone et le troisième d’une femme autochtone. Le candidat allochtone était plus scolarisé, avait plus d’expérience et son propre véhicule, mais il n’a reçu aucune réponse. Les candidats moins qualifiés mais « blancs » ont reçu plusieurs offres d’emploi. Un tel racisme flagrant sème le désespoir en premier lieu chez les allochtones mais décourage aussi les démocrates. Les négociations entre le Ministre Marino Keulen et les associations des mosquées turques et marocaines ne sont manifestement pas convaincantes. Le racisme fonctionne davantage : on prive les allochtones de travail et l’on dit ensuite qu’ils sont paresseux, trop bêtes pour étudier et n’entretiennent pas leurs maisons. Seule consolation dans l’émission Telefacts, les autochtones qui ont parmi leurs amis un allochtone ne sont presque jamais racistes. En d’autres termes plus les allochtones et les autochtones se connaissant, moins ils ont peur les uns des autres. La connaissance chasse la haine. (...)

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Quand je pense que certains me taxaient encore de parano, il n'y a que quelques années, parce que j'osais soulever cette hypothèse. La plupart de mes connaissances ont trouvé un job via la fameuse network-connection. Réseau? Encore le reflexe parano :)

18:59 Écrit par mehmet | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook |

11/12/2004

Dans un café turc bruxellois ni metro ni light...

Ambiance fumée blanche et lumière tamisée pour les habitués de ce café turc en plein cœur du Türbeekistan (quartier turc de Bruxelles). Pourtant rien ne devrait expliquer tant de fumée car seule une table à l'arrière boutique affiche complet pour une partie de "51". Fumer comme un Turc ? L'asbl Foyer Anti Tabac (FAT) fondée par des citoyens turcs de Bruxelles en 1999 avait pour objectif de s'attaquer à cette maxime en luttant contre le tabagisme mais visiblement même cette bonne intention est partie en fumée après seulement une année au profit d'une nouvelle structure albanophone (Burimi) préférant le combat multiculturel (avec cigarettes ?).

Rien ne perturbe la table du soir : 4 joueurs, 4 spectateurs et 2 cendriers. "C'est sûrement un jeu inventé pour des créatures d'une autre planète à plusieurs mains. Regardez seulement le nombre de cartes qu'on est obligé de tenir sans perdre l'équilibre", ricane vers nous l'un des habitués des lieux en montrant les 14 cartes à tenir en permanence à l'abri des regards indiscrets tout en mastiquant son mégot entre les lèvres. "51" qu'on appelle aussi parfois "Kon Kin" se joue à l'aide de deux paquets complets de cartes et de deux jokers (104 au total) qu'il ne faut surtout pas confondre avec "81" qui en est une version plus difficile. Chaque carte représente des points préétablis et à l'aide d'une combinaison logique, on doit pouvoir liquider son jeu avant ses adversaires.

Il est de coutume dans ce genre d'atmosphère d'offrir des boissons aux spectateurs. Ainsi, autour des quatre joueurs classiques, se forme généralement une tribune de chaises intercalées qui sirotent les dosages tout en participant à la rigolade. L'aspect moins rigolo est que l'addition est généralement à charge du ou des perdants. Donc, on assiste généralement à une tournée en début de partie et ensuite les autres commandes suivent l'humeur de l'équipe gagnante. Plus on gagne, plus on veut boire et inversement. A chaque commande, les regards meurtris et vengeurs des perdants s'abattent sur la pomme d'Adam du buveur-profiteur tandis que le greffier de la partie note scrupuleusement la note et les points de partie. On ne rigole pas avec la note (même dérisoire) où la moindre tricherie est sévèrement punie manu militari.

Très souvent des exclamations sonores rythment le jeu, des chansons populaires en dessous de la ceinture, des parodies publicitaires sur les télévisions turques ou des débats de société. On arrive en plein milieu d'un son classique lancé à haute voix : "Zert!" L'équivalent d'un "Voilà!" jouissif qui s'accompagne du bruit résonnant de la bague en or qui cogne fortement la table. Quand j'étais petit (très petit), on pouvait admirer l'orchestre complet des bagues en or accompagnés du bruit de la cuillère dans le verre de thé traditionnel mais depuis que les cafetiers ont instauré la couverture moquette sur les tables, le son est amorti. Contrairement à l'objectif poursuivi d'amortir la chute des doigts, cette réforme a souvent été dépassée par la surenchère des joueurs masochistes pour qui montrer sa force en frappant plus fort constituaient une plus grande manifestation de leur virilité. Et un jour arriva ce qu'on pouvait craindre, le summum pour la table, un joueur parvint à fendre le meuble en bois. Gloire et victoire pour finir dans le dépotoir à la recherche d'une nouvelle table noire.

Zert ! Le joueur abat sa dernière carte en parodiant une publicité turque pour un briquet : "ziiit, Tokaï!". On se croirait dans la partie de cartes de Pagnol mais dans une version plus trash encore. "Je n'attendais qu'un foutu 7 et là je te l'aurais enfoncé jusqu'au fond", râle de manière habituelle le concurrent. L'autre répond par la phrase type, un genre de "putain" qui revient à toutes les sauces même lors des discours hors café. En mélangeant les cartes pour relancer la partie, le débat de société du moment tourne autour des "metro erkek" (l'homme metro(politain)) qui est l'insulte raffinée en vogue de la haute société stambouliote. Ce discours transite via les satellites pour atterrir, entre deux mi-temps d'un match entre clubs de football, sur les lèvres d'un brave ouvrier tentant de profiter de sa pause dominicale. "L'homme metro ? C'est un type du genre Tarkan (ndlr : chanteur pop turc et homosexuel), un homme faible qui rend beaucoup de services aux femmes sans jamais pouvoir gagner leurs respects", explique-t-il. Certaines séries télévisées avaient par ailleurs déjà popularisé un terme équivalent en parlant de "light erkek" (l'homme léger) reprenant le langage publicitaire d'une boisson gazeuse. Un autre terme qui a perdu quelques lettres de noblesse est "l'enfant chocolat" (cikolata cogugu) qu'on pourrait interpréter par le "fils à papa", malgré la présence de café et la spécialité du pays de résidence (Belgique), le chocolat n'est malheureusement pas un produit courant dans ces rayons de rangement.

L'humour de ces joueurs aux mains rugueuses est souvent très lourd et parsemé des classiques CBN (culs, bits, nichons). Plus la blague est originale, plus l'auditoire applaudit mentalement ses orateurs du dimanche. Par exemple, le lieu commun : "Comment ça va, bouteille ?!" (ndlr : sous-entendu, tu devrais t'asseoir sur une bouteille) fait souvent rire à flots.

A part la réforme moquette, d'autres révolutions ont particulièrement touché la vie des cafés turcs au cours des années. A la fin des années 80, ces cafés - essentiellement fréquentés par un public masculin - accueillent la "révolution féminine polonaise". Arrivées en Belgique dans l'espoir de mieux gagner leurs vies, des Lolitas polonaises débarquent dans l'univers macho des cafés turcs où la serveuse polonaise devient très tendance. La grande classe devient alors pour ces clients de balbutier quelques mots en polonais (souvent "herbata" : thé) et d'espérer décrocher ainsi une peau blanche. La tactique de la théière a eu son succès pendant un certain temps pour une génération de patrons de cafés en quête de tettes pour décharger son stress sur sa maîtresse. Elle a aussi réussi à ruiner une vie de ménage classique pour des couples où l'amour ne représentait d'un scénario hollywoodien qu'on découvre à travers la toile blanche. Mais cette incursion féminine dans le quotidien des cafés permettra de décoincer les mâles y compris sur des enjeux politiques. En accordant des faveurs supplémentaires à ses conquêtes, les esprits se heurtent au dilemme de l'écart tolérable par rapport à la tradition : Pourquoi imposer le silence à ma femme si j'accorde volontiers la parole à la serveuse ? Petit à petit, le "ministre de l'Intérieur" (surnom de la femme au foyer) acquiert un droit de regard sur les sorties pas très catholiques de son homme. Fin des années 90, les femmes bulgares remplaceront les blondes grâce à deux atouts majeures : elles parlent le turc et demandent un salaire quotidien moins élevé.

Le bon thé turc reposé à la manière anatolienne a presque disparu des étables au profit du sachet à l'esprit "drink and go" de Lipton. "Un vrai goût de chaussettes, je ne prends du thé qu'à la maison à présent, c'est vraiment dommage qu'ils aient arrêté cette tradition", déplore un buveur de café. L'esprit de plus en plus commercial des patrons les oblige naturellement à éliminer un produit difficile à préparer, peu lucratif et clouant les clients sur les chaises.

Rien ne vaut une séance d'immersion lors d'un bon match entre deux clubs stambouliotes. Tout devient sujet d'observations : les mains moites, les fumées de cigarettes aveuglantes, les insultes en tout genre, les petites blagues en trois 3 secondes. L'univers s'arrête devant le local où chaque action se transforme en tension et développe encore plus la passion. Goal! Oui, non ? Ralenti, svp! Oui mais l'angle de vue est biaisé et les lois de la physique empêchent une telle trajectoire ! L'arbitre est cocu ! Tel joueur fait son cinéma sous les yeux admiratifs des supporters qui le haïront très rapidement dès qu'il revêtira le maillot de l'ennemi juré pour des basses considérations financières.

La rivalité entre les clubs est tellement forte que lors des matchs internationaux, les bookmakers bruxellois enregistrent les paris des anti-fans en attisant la concurrence des couleurs. Avant l'arrivée des bookmakers professionnels, les paris les plus fous prenaient place dans les lieux. "Si on perd, je promets de peindre ma voiture avec vos couleurs", "si on vous bat, tu m'offres une chemise à l'avenue Louise (ndlr : quartier huppé de la capitale)", pour finalement aboutir un jour au pari le plus fou chez les Turcs : "si on perd, je te jure que je rase ma moustache!" Silence dans la salle, personne ne trouve plus fort tandis que certains malins déjà rasés décident de se joindre à l'équipe : "je te jure que moi aussi!", le public se retourne et éclate de rire. Zert ! C'est la fin de partie, on bloque sa chaise pour zapper sur le satellite et fixer l'écran devenu aujourd'hui géant...

00:54 Écrit par mehmet | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook |

05/12/2004

Bart S...Homersimpson

Voilà, c'est fini. Les libéraux flamands (VLD) ont enfin choisi leur président en élisant dès le premier tour (mais avec un score serré) le candidat de l'establishment : Bart Somers contre surtout l'ex-judoka et sénateur Jean-Marie Dedecker. On peut donc faire le tour des partis flamands puisque tout le monde a maintenant renouvelé sa présidence. Cela nous donne Bart Somers (VLD), Jo Vandeurzen (CD&V), Geert Lambert (Spirit), Bart De Wever (N-VA) et Steve Stevaert (SP.A). Je sais, il reste encore Johan Van Hecke du Vlaams Belang, Roland Duchâtelet chez Vivant, Vera Dua chez Groen mais je n'ai pas entendu parler d'une campagne à la présidence en cours pour ces partis.
 
Au VLD donc, c'est la victoire d'un nationaliste ex-Volksunie contre le populiste très à droite prônant la collaboration avec le parti neo-raciste. On va enfin souffler un coup après les nombreuses conférences de presse du couple rebelle Dedecker-Coveliers durant cette campagne qui a réussi à gonfler les pages des quotidiens flamands. On lira donc maintenant la suite du dossier concernant la demande d'expulsion de Hugo Coveliers par Karel De Gucht qui visiblement a décidé de s'attaquer (d'abord ?), après le Congo, aux incompétents au sein de son propre parti. On attend de lire ses "preuves" pour écarter le troublion excité mais Coverliers a déjà annoncé qu'il préparait sa liste pour les communales à Anvers. Va-t-il rejoindre les Belangers ou le groupuscule de l'ex-échevin Ward Beysen ? On verra, pour le moment il n'est pas encore exclu.
 
L'élection de Bart Somers est-elle une bonne nouvelle pour les allochtones ? On voudrait répondre par l'affirmative suite à la sortie critique que le candidat avait faite dans De Morgen à propos de la politique du VLD sur ce sujet. Il proposait de changer complètement d'optique, voilà déjà un bon début, mais on se demande comment il arrivera à convaincre Dewael, Keulen & Co de s'attaquer à autre chose qu'aux 4 burqas carnavalesques de la commune de Maaseeik. On se souvient aussi des critiques acerbes de Mohamed Talhaoui de la plate-forme berbère (ex-Agalev et ex-VLD) à propos des positions de Bart Somers (alors bourgmestre de Malines) publiées dans son bouquin "Iedereen burgemeester!". 
 
Vu le score de JM Dedecker, il faudra surtout surveiller le risque d'une scission au sein des libéraux flamands avant la prochaine échéance électorale. 

06:17 Écrit par mehmet | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook |