07/01/2005

Déception progressiste

Une excellente analyse de la journaliste Liesbeth Van Impe dans De Morgen (31-12) sur le balbutiement de la gauche belge face à une droite qui se rassemble de plus en plus autour de l’ordre, des normes et des valeurs. Tout naturellement, le combat contre le Blog-Belang domine les préoccupations. Et si tout a déjà été essayé contre l'ascension de l'extrême droite, le « quoi maintenant ? » devient presque une question piège. Mais pour s'attaquer au fond du sujet, la journaliste nous invite à ne pas parler pour une fois de Dewinter et de ses troupes car le malaise doctrinal est plus profond.

Retour en 1999, la chute de Dehaene et donc du pilier chrétien a permis de rêver sur les possibles réformes d’une nouvelle majorité laïque : la loi sur les drogues, l’euthanasie, le mariage homosexuel. Pour la première fois depuis 50 ans, une majorité libérale (dans le sens américain du terme) se dégageait pour réformer la Belgique également sur des sujets éthiques. Mais tandis qu'on pouvait lire sur les visages conservateurs l'horreur d'une éventuelle politique permissive de la coalition arc-en-ciel, le résultat est plus que contestable. Une loi sur la consommation des drogues douces tellement alambiquée que même la Cour d'arbitrage s'en est mêlée, une loi sur l'euthanasie toujours pas efficace pour ceux qui voudraient en faire usage et une loi sur le mariage homosexuel qui refuse l'adoption. Et au fil du temps, les avis ont même évolué au sein de ces partis "laïcs" vers un regain de conservatisme. Ainsi, la nouvelle secrétaire d'Etat à la famille, Gisèle Mandaila (FDF) qui lors de sa première prise de parole précise qu'elle n'est pas contente des conclusions des Etats généraux sur la famille et veut recentrer le débat sur la "famille traditionnelle". Les choses sont également moins évident au sein des libéraux flamands. Certes, le turbulent sénateur Jean-Marie Dedecker peut facilement se qualifier de progressiste sur le plan ethique mais ce n'est certainement pas avec son soutien au droit d'adoption pour les holebis qu'il a réussi à recueillir près de 40 % des voix lors des présidentielles de son parti. La réponse classique des politiques est de dire que les gens ne sont pas prêts pour ce genre de pas. Etes-vous d'accord avec cet argument ?

18:16 Écrit par mehmet | Lien permanent | Commentaires (4) |  Facebook |

Commentaires

.... Il n'y a jamais eu un regain de conservatisme, c'est seulement que tu oublies que les partis ne sont pas pilarisés sur un oui ou un non selon le domaine de circonstance.

On peut être en faveur du mariage homo, de la réforme fiscale, de la libéralisation du haschish, de la régularisation des sans-papiers comme on peut vouloir une politique très musclée à l'égard de la petite criminalité citadine et le durcissement des peines à l'égard des mineurs.

Ce n'est pas parce qu'un point à l'agenda est subitement surmédiatisé qu'il y a un regain d'une mentalité, c'est plutôt que les observateurs n'y en ont pas vraiment tenus compte.

Écrit par : promethee | 08/01/2005

Regain de conservatisme ? Mais le conservatisme n'a jamais vraiment diminué. Les lois que tu cites comme la "dépénalisation" du cannabis ou sur l'euthanasie sont si pas vides en tout cas fort loin de ce que leurs titres ronflant promettaient. C'est une opération cosmétique pour brosser les progressistes dans le sens du poil sans fâcher les autres.

Dire que les gens ne sont pas prêts c'est faux. Certains sont prêts, d'autres pas mais comment faire la part des choses si on ne propose rien et si on n'en débat pas. Les débats politiques actuels télévisés ou autres sont vides de sens, c'est une succession de petites phrases assassines d'un camp à l'autre. Vous les avez entendu discuter de choses intéressant la société récemment vous ? Surtout ne pas fâcher l'électeur .

Écrit par : Gotham | 08/01/2005

Effectivement, Comme le dit Gotham, ne pas fâcher l'électeur. Et puis, à y bien réfléchir, combien de décisions sont prises sans tenir compte des programmes politiques ? Il est étrange qu'ils n'aient aucune valeur contractuelle. L'adage "Je suis leur chef donc je les suis" n'est pas très crédible dans une démocratie : par contre, dans le cadre de l'électoralisme ou du fonctionnement d'un parti... Les réflexions du type "Chacun votera selon sa conscience" m'épatent toujours : nos élus doivent avoir conscience de leur action au profit de l'ensemble des citoyens, pas seulement pour leurs propres électeurs. Regain de conservatisme : sûrement. Attendre que les gens soient prêts : et si les nécessités les devancent, comme c'est souvent le cas ? La politique ne devrait pas être que de la gestion à court terme. Donc, pas d'accord avec l'argument final.
A bientôt ;)

Écrit par : Ubu | 09/01/2005

questions... "Retour en 1999, la chute de Dehaene et donc du pilier chrétien a permis de rêver sur les possibles réformes d’une nouvelle majorité laïque"

qu'est ce que vous entendez par laïque? ça veut dire... athée? membre des maisons de la laïcité? ...?

Quid du progressisme et des traditions? voir Hannah Arendt. voir aussi le Capital de Marx pour comprendre ce qu'elle dit. J'aide un peu, ça a à voir avec les superstructures.

Écrit par : Couhoulinn | 13/01/2005

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